Le cerveau sur les bancs de l'école ...

Publié le par dubruly

Hier le 17/11/2016  j'ai suivi avec attention toutes les bêtises des candidats à la primaire de la droite à propos de l'éducation scolaire. Et sur le collège unique, mais où est le problème ? C'est grave, parce que c'est du même style que le manque de connaissance de la valeur d'un petit pain au chocolat chez le boulanger. Je me demande dans quelle école, ils ont appris à lire, à écrire et à compter.  Ou même la méconnaissance, de la souffrance  au travail de la population active. Ils vivent dans un autre monde et alors ne parlons pas des médias qui font d'un débat important pour l'avenir, une sorte de téléréalité  "pubagogique" pour leur chaîne afin de faire exploser "l'audimat". C'est pitoyable !

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L'éducation telle qu'elle a été pensé depuis longtemps se résume à faire travailler les enfants assis 6 heures par jour  4 à 5 jours par semaine voire plus  depuis la maternelle jusqu'à l'université, c'est à dire  pendant les plus belles années où leur dynamique intellectuelle et physique réclame du mouvement. Il est admis que l'attention chez un élève est environ de 20 minutes par heure de cours. Donc un tiers du temps seulement des messages qui devraient être compris et appris le sont. Certes ces 20 minutes ne sont pas les mêmes pour tous et réparties sur l'heure entière.  D'après l'INRS travailler longtemps dans une même position est fatigante  et apporte toute sorte de désagrément dont la perte de concentration.

Alors comment faire ?

Faire lever les enfants dans une classe toutes les 20 minutes,  établir des discussions entre eux, position debout ou appuyée sur une table mais toujours confortablement ? etc. Tout ceci est une question d'ergonomie, dans le travail . Enfin je lance là un vrai débat sur les durées  et les conditions de déroulement des cours.  Je n'ai pas de solutions toutes faites mais quelques idées sur la question.

J'explique par exemple dans mon livre : "L'énigme de Patricia"  qu'une heure de cours magistral devrait être ponctué de pauses courtes  que j'appelle des break afin que l'esprit ne se lasse pas trop vite et ne diverge vers d'autres pensées qui n'ont rien à voir avec le sujet traité. Un enseignant aguerri s'aperçoit très vite quand, les élèves décrochent lors d'un cours pour différentes raisons que nous ne pouvons pas bien sûr connaître sur l'instant pédagogique. Mais peu importe la raison, l'enseignant est à même de prendre l'initiative de réactiver l'attention sur son cours par un break bien pensé. Personnellement, dans ma "boite de crayons de couleur,  pédagogique" j'avais quelques breaks en réserve qui m'ont permis souvent de rétablir l'attention perdue. Il est vrai que je n'ai eu à faire qu'avec des jeunes adultes pas des enfants sauf les miens.

Les cas typiques d'alertes sont, quand vous remarquez que certains élèves ont cessé de prendre des notes; quand certains relèvent  la tête et bombent le torse en s'étirant vers l'arrière; quand certains soutiennent leur tête le coude sur la table; quand ça commence à discuter; quand certains tournent la tête en interrogeant des yeux les autres ... A ce moment là le break s'impose, rapide efficace et court. Il ne s'agit pas de déconcentrer l'attention sur autre chose que le sujet traité mais de laisser les  synapses se relaxer

Neurones (nom masculin): Cellules de base du système nerveux dont le cerveau en est le centre.

Synapse (nom féminin) : Zone de connexions entre les neurones ...

Imaginez par exemple quand vous roulez sur l'autoroute il est recommandé de faire une pause au minimum toutes les 2 heures parce que la concentration du cerveau au bout d'un certain temps se réduit  peu à peu. Les milliards de connexions synaptiques qui se succèdent au fur et à mesure de la conduite finissent par se réduire à un nombre de connexions limitées aux plus courantes.  Donc l'attention diminue car le cerveau se repose naturellement en éliminant les informations secondaires. De ce fait une situation d'urgence peut se traduire par une information secondaire qui finit par devenir la cause d'un accident, tous les neurones concernés n'ayant pas été sollicités par les synapses au bon moment.  

Mon avis est que nous passons trop de temps assis sur les bancs de l'école sachant que d'année en année dans les cycles d'apprentissages premiers bien souvent on retrouve des répétitions des années précédentes. Il serait plus efficace de prendre  son temps pour bien expliquer et faire comprendre à tous une fois plutôt que de répéter  plusieurs fois sur le long terme. L'enseignement n'est pas du conditionnement c'est de la compréhension.

La répétition est du conditionnement, c'est l'activité des synapses. La compréhension c'est la mise en mémoire c'est le fonctionnement des neurones.  Si vous sollicitez les mêmes neurones avec les mêmes synapses régulièrement alors vous perdez du temps si les neurones ne sont pas les bons pour la compréhension.

Je prend l'exemple du dictionnaire. Faites l'essai de lire la définition d'un mot que vous ne connaissez pas. La lecture correspond à une nouvelle ou plusieurs connexions synaptiques entre les neurones qui possèdent une part de la compréhension du mot. Si vous avez compris le mot à chaque fois que vous lirez le mot, d'autres connexions synaptiques se feront avec d'autres neurones mais certaines connexions et certains neurones ceux de la compréhension initiale du mot auront été sollicités et la lecture continuera sans problème les bonnes connexions étant établies. Ceci est comparable au fonctionnement d'un microprocesseur qui utilise sa RAM et sa ROM.  Si maintenant la compréhension du mot n'est pas bonne alors les synapses ne trouveront pas les bons neurones ceux qui contiennent la compréhension et de ce fait la lecture s'arrêtera ou continuera sans compréhension ou une compréhension erronée. Par analogie avec le PC si les adresses mémoires ne sont pas les bonnes l'information est erronée.

De plus sur plusieurs années cela fait perdre le fil logique, de la matière enseignée, si il y en a un, bien entendu.  Les domaines dépourvus de logiques sont rares. Il ne s'agit pas ici  d'éliminer le principe pédagogique de révision mais de limiter les pertes de temps, afin de progresser lentement mais surement.

Principe pédagogique : établir les bonnes connexions au départ et les valider définitivement.

Je prend un exemple simple en mathématiques. Le problème des mauvais élèves en mathématiques est que la plupart ne comprennent pas l'énoncé. A partir de là il faut se poser la question : est-ce qu'un énoncé est écrit en français ou pas ? Oui c'est évident ! Mais comme je dis dans mon livre il faut se méfier du mot évident en pédagogie. Il faut donc avant de faire des mathématiques  apprendre le français. C'est dans l'ordre des choses que de replacer l'apprentissage du français avant les mathématiques. Je ne parle pas du calcul je parle de la résolution de problèmes. A partir de ce constat il est facile de repenser les rythmes scolaires dans le primaire et de reconsidérer l'apprentissage des mathématiques dans le secondaire en  ajoutant à un problème mathématique donné une étude de texte associée avant d'entreprendre le calcul proprement dit. Comprendre l'énoncé et déjà,  la solution apparaît. Bien entendu il faut aussi apprendre les définitions, les théorèmes,  les axiomes et la logique. Mais là encore une partie de ces outils de résolution de problème dont  les hypothèses font parties sont à comprendre. Personne ne peut donc  nier que l'apprentissage du français passe avant l'apprentissage et l'utilisation des outils. Pour apprendre à se servir d'un outil il faut comprendre et apprendre la notice. Sinon il y a danger ! 

Pour en finir avec l'illettrisme il faut abolir la méthode globale de lecture parce que c'est un non sens d'apprendre les mots avant de connaitre parfaitement l'alphabet et les syllabes. Pour bien préciser les choses un mot par définition est un son or quand nous parlons, pour un mot nous articulons plusieurs syllabes, donc plusieurs sons !  Donc un mot ne peut être considérer comme global. Il faut être logique. C'est la relation entre le phonème et le graphème qu'il faut appliquer et la méthode globale n'est pas adaptée à la compréhension.

Alors toutes leurs belles idées sur l'école le collège unique ou pas, les rythmes scolaires, l'apprentissage à 14 ans,  ne changeront rien  s'ils ne s'attaquent pas au VRAI problème  de l'enseignement : le choix des méthodes pédagogiques, pas des principes, des méthodes et des livres de classe qui vont avec ainsi que les programmes. Le bourrage de crâne n'est pas l'enseignement.  

dubruly 

 

Enseignant chercheur à la retraite,  mon livre L'énigme de Patricia est un  guide pédagogique qui fera que l'enseignant qui le lira,  se remettra en question quand il verra que la pédagogie est tellement  simple que celui qui croit tout savoir n'apprend rien à ses élèves parce qu'il pense que c'est évident pour lui. Si vous trouvez la solution de l'énigme,  avant la fin du livre, alors c'est que vous avez la fibre pédagogique. Si ce n'est pas le cas c'est que vous cherchez les complications et que vous êtes trop savant pour vous mettre à la portée de votre talent de pédagogue. La pédagogie est le chemin  de la compréhension.

A l'école on doit apprendre à comprendre, pas à devenir savant comme un singe !  

Thierry DEHAYE






 



 

Publié dans Pédagogie

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